L'Hygiène au Moyen Âge

 

 

 

On a souvent en tête, lorsqu'on parle de ce thème, l'image du vilain hirsute et sale, image corroborée par la littérature. 

Cependant, il ne faut pas oublier que l'Antiquité a vu l'apparition des thermes. La période médiévale est une continuité dans ce domaine, notamment avec les bains, les étuves. 

Dès le XIIe siècle, les sources nous révélant que le bain fait partie des plaisirs sont innombrables. Il s'agit notamment de certains documents tels que les traités de médecine, les herbiers, les romans profanes, les fabliaux, les inventaires après décès, les comptes royaux et princiers. 

En ville ou dans les châteaux, on prenait des bains dans les mêmes grandes cuves de bois qui servaient à couler la lessive. On en recouvrait le fond d'un linge épais, afin d'éviter les échardes. 
Dans les monastères, en revanche, les bains étaient réservés aux malades et aux convalescents. Il fallait d'ailleurs s'en abstenir dans les trois jours qui suivaient une saignée. 

Les villageois et les pauvres se baignent nus à la rivière, ou font des toilettes devant un seau d'eau tandis que les citadins se rendent aux étuves. Toutes les villes d'Europe possèdent des bains publics : Paris en compte 27 inscrites sur le Livre de la taille à la fin du XIII ème siècle. Ces bains étaient ouverts tous les jours sauf les dimanches et jours de fêtes. 
Des étuveurs se chargeaient de chauffer l'eau, puis quand elle était prête, des crieurs annonçaient l'ouverture du bain. Il fut d'ailleurs interdit de faire crier avant le lever du soleil, afin d'éviter que les clients, se pressant pour le bain, tombent sur des voleurs. 

Les bâtiments qui abritaient les étuves étaient bien plus modestes que les thermes. Selon Robert Fossier (Ces Gens du Moyen Âge), dans une ou plusieurs salles voisines, des cuveaux de bois, emplis par un système hydraulique d'adduction qu'on branchait sur une fontaine ou un cours d'eau proche ; on y accédait par un marchepied pour s'immerger jusqu'à mi-corps. La contenance était d'une douzaine de baigneurs, entièrement nus. Ces étuves étaient mixtes, ce qui est d'ailleurs à l'origine de leur fâcheuse réputation. Certaines miniatures montrent, à l'arrière-plan de la salle des bains, de nombreux lits qui ne sont pas que de repos ! Les « clients » ont la tête couverte ce qui permet, pour les femmes, d'écarter l'hypothèse de simples maisons de passe, les professionnelles portant en général les cheveux dénoués. 

A l'entrée, on louait une serviette de toile et un pain de savon, formé d'un mélange d'huiles, de suif et de cendre. L'entretien de la chaleur sous les cuves était assuré, comme dans l'Antiquité, par des briques réfractaires. Un fontanier y veille et un personnel de surveillance va et vient pour éviter les vols parmi les effets des baigneurs. 

Pour se laver la tête, un herbier du XIIIe siècle conseille le jus de bette pour éliminer les pellicules et les feuilles de noyer ou de chêne pour obtenir une belle chevelure. Dans ce même herbier, on préconise, pour éviter la "puanteur" de s'arracher les poils et de se laver les aisselles avec du vin, associé à de l'eau de rose et à du jus d'une plante appelée casseligne. Pour se blanchir les dents, il faut se les frotter avec du corail en poudre ou de l'os de seiche écrasé. 

Au XIVe siècle, les textes mentionnent l'apparition de lavabo empli au broc, avec écoulement par une bonde mobile. L'eau est apportée du dehors, du puits ou de la fontaine. L'usage est de se laver les pieds au coucher, le visage au lever, les mains avant de passer à table, les dents, à l'occasion. A la campagne, le bain complet sera toujours une fête familiale.
 

 

 

 

 


 
Etuves publiques. 
Ici les cuviers sont plus raffinés, réduits à la dimension d'un couple et garnis d'un baldaquin. 
Sur la gauche une jeune femme semble se défendre contre les avances d'un barbon. Manuscrit de Valerius Maximus.

 

 

 

 

 
L'établissement thermal de Pouzzoles, en Italie. 
Sur la gauche, la cabine de déshabillage; 
sur la droite, la piscine collective. 
Là aussi, hommes et femmes prennent le bain ensemble. 
Les eaux sont un lieu de cure mais aussi de rencontre, comme elles le seront au XIXè siècle. Manuscrit de Pierre d'Eboli.

 

 

 

 

 

Les étuves 
Valère Maxime, Faits et dits mémorables, Bruges, fin XVe siècle 
Paris, BnF, département des Manuscrits, Français 289, fol. 414v.
  
 

 

 

 

 

 

************

 

 

 

 

La toilette de l'enfant 

 


Le bébé était lavé plusieurs fois par jour. Selon la revue Historama Numéro 40, de juin 1987,« Barthélemy l'Anglais, Vincent de Beauvais, Aldébrandin de Sienne, au XIIIe siècle, par leurs traités de médecine et d'éducation, instaurent une véritable obsession de la propreté infantile. Le bain est donné "quand l'enfant ara assez dormi, ci le doit-on laver trois fois par jour". 

Les cuviers sont bâtis aux dimensions d'un nouveau-né allongé ; généralement ils sont ovales ou circulaires, faits de douelles de bois. Dans les milieux princiers, ils peuvent être métalliques. 

Ainsi, dans les Chroniques de Froissart, en 1382, il est écrit que, en pillant le mobilier du comte de Flandres, on trouva une "cuvelette où on l'avait d'enfance baigné, qui était d'or et d'argent". Certains cuviers possèdent un dais, sorte de pavillon de toile nouée au sommet d'une perche de bois qui surmonte la cuve, afin de protéger l'enfant des courants d'air ; ce raffinement est réservé aux milieux aristocratiques. 

Dans la plupart des miniatures, on voit toujours la mère ou la servante tâter l'eau avant d'y tremper l'enfant car elle doit être "douce et de moyenne chaleur". On ne donne pas le bain à l'enfant sans prendre quelques précautions : le cuvier est placé devant la cheminée où flambe un bon feu ; la sortie de bain est assez grande pour bien envelopper le bambin. Elle est toujours à fond blanc même si, parfois, des rayures et des franges l'agrémentent. 

La fréquence des bains s'explique par les valeurs curatives qu'on leur attribue. "On le baigne et oint pour nourrir la chair nettement", dit Barthélemy l'Anglais, auteur du Livre des propriétés des choses qui fut diffusé jusqu'au XVIIe siècle avant de sombrer dans l'oubli. 

A l'instar des coutumes de l'Antiquité, le premier bain de la naissance est un rite de reconnaissance par la communauté familiale. A l'époque chrétienne, on peut dire que le baptême de l'enfant nouveau-né a repris à son compte la gestuelle de l'hygiène néonatale à cette différence près qu'il s'agit de débarrasser l'enfant non plus de ses mucosités, mais du péché originel. 

De toute façon, que l'usage en soit symbolique ou matériel, l'eau est considérée sous l'aspect bienfaisant et purificateur. »
 

 

 

 

 


 
Un moment important de la journée : le bain de l'enfant. 
La servante vérifie de la main la température de l'eau, 
qui doit être "douce et de moyenne chaleur". 
Fresque de Menabuoi, Padoue, baptistère.
  


 

 

 

**********

 

 



Les latrines 

 

 


A la campagne, la nature offrait son espace, ses bosquets, ses ruisseaux et des seaux pouvaient faire l'affaire. 

En ville, on trouve des latrines publiques aménagées, autant que faire se peut, sur les rivières ou les fossés, avec des planches percées posées sur des rondins. Dans les demeures privées, on trouvait parfois des édicules dans la cour. Selon Robert Fossier, on a même, pour l'anecdote, trouvé un pictogramme sur l'un d'eux: un pot de chambre ! On pourra également trouver un conduit donnant sur l'extérieur, peu hygiénique donc. 

Au XV°, on a mention d'une « chambre de retrait » avec siège, écoulement assuré par un tuyau en terre cuite jusqu'à une fosse ou un égout, et un éventoir permettant l'aération.
 
On l'a vu, l'hygiène est présente au moyen âge, même si elle laissait à désirer dans la rue. Cependant, elle n'a rien à envier à celle des siècles suivants: à la Renaissance, le corps devient tabou. On a peur des maladies et on estime que le corps est protégé sous la crasse. On croit alors que l'eau pénètre dans le corps par les pores de la peau et transmet la maladie. De ce fait, La toilette corporelle devient sèche. On utilise uniquement un linge propre pour frotter les parties visibles du corps. L'hygiène vestimentaire se développe : plus on est riche, plus on change de vêtements. Un habit blanc qui était devenu noir était bien perçu : il avait capté la saleté... Donc, plus besoin de se laver... Paradoxalement, l'eau est utilisée à des fins thérapeutiques: associée à des plantes pour le bain ou en décoction... 

Louis XIV, à la fin du XVII°s, fait aménager, à Versailles, un appartement de bains de plusieurs pièces, richement décoré d'œuvres d'art et de marbres, censé rivaliser avec les palais romains... 

Mais la baignoire octogonale finira en bassin dans les jardins du château, car la Faculté juge toujours aussi dangereuse la pratique du bain. Le roi se lave le visage et les mains... et masque ses odeurs corporelles à grand renfort de parfums et cosmétiques. 

Le XVIIIème siècle voit réapparaître les latrines collectives dans les maisons, et l'interdiction de jeter ses excréments par la fenêtre, chose qui était devenue pratique courante ! 

De même, on incite les habitants des villes à jeter leurs ordures dans les tombereaux affectés à cet effet. 

Le bain voit son retour en grâce. On comprend alors que les pores de la peau n'absorbent plus les miasmes, mais participent au contraire à la respiration. Il convient donc de se laver pour faciliter cette fonction. Les hôtels particuliers de la haute bourgeoisie sont équipés de salles de bain, pendant que la petite bourgeoisie se fait monter des bains à domicile. 
Pour les pauvres, on construit des bains publics et des lavoirs.

 

 



  

Baignoire médiévale. Musée de Cluny. Photo personnelle.  

 




Porte-serviettes du XV°s. Musée de Cluny. Photo personnelle.
    

  

 

Siège de latrines médiévales, Brie-Comte-Robert (Seine-et-Marne) - Ile de France

 
Sièges et structure à encorbellement de latrines médiévales 
Localisation : Château de Brie-Comte-Robert (Seine-et-Marne)

(source)

 

 

 

Suite à des messages abusifs, merci de NE PAS me contacter pour les raisons suivantes : 

 

- Il manque une virgule dans un texte / elle est mal placée (et tout ce qui ressemble à ça).

- Vous voulez que je fasse vos devoirs ou ceux de vos enfants.

- Vous avez une requête urgente (en général, c'est un devoir à faire pour le lendemain. Cf. supra)

- Vous voulez faire ou vous faire de la publicité.

 

 

RAPPEL : 

 

- Merci de rester courtois si vous éprouvez RÉELLEMENT le besoin vital de m'écrire. 

- Ce site est loin d'être professionnel, j'ai un boulot à côté (donc pas forcément le temps de répondre à des requêtes). Faites d'abord vos propres recherches (le net est fait pour ça) avant toute chose. 

- Si vous avez envie de râler, consultez la rubrique Ethique avant toute chose et allez passer vos nerfs ailleurs.

 

 

Je sais que ces quelques lignes peuvent paraître un peu sèches et peu cordiales mais j'en ai assez de recevoir des messages de personnes impolies qui se prennent pour ce qu'elles ne sont pas et qui se sentent investies de la mission de vous signaler, de façon peu agréable, que vous avez oublié un point, une virgule, ou qu'une négation est mal placée. Que ces gens-là aillent d'abord corriger toutes les fautes / erreurs sur des sites du type wiki - quelque chose... Quant aux fainéants qui cliquent plus vite que leur ombre (c'est plus facile et plus rapide que de faire des recherches), qu'ils m'oublient...

 

Pour les autres - ils sont nombreux - n'hésitez pas ! Soyez les bienvenu(e)s !

 

 ------------------------

 

 

 

Retrouvez-moi sur...

 

 

Mon blog
Mon blog

 

 

Le Forum Nota Bene
Le Forum Nota Bene

 

 

Le site Babelio
Le site Babelio

 

 

 

 

 

 

Les challenges de Lili Galipette

 

 

Relisons les Rougon-Macquart
Relisons les Rougon-Macquart

 

 

 

Challenge Totem
Challenge Totem

 

 

 

 

 

MON EDITEUR

 

 

 

 

 

 

PARTENAIRES

 

 

 

SITES AMIS

 

 

 

Pour être toujours au courant...

Newsletter

Merci de ne pas vous inscrire avec une adresse outlook qui sera confondue avec les spams.

 

 

 

 

 

 

 

Rechercher

Loading

 

 

 

 

 

 

 

Traduire / Translate

 

 

 

 

 

 

Flux RSS

Entrez votre adresse mail:

Service délivré par FeedBurner

 

 

 

 

 

 

 

Visites