Le vrai visage du catharisme.

 

 

 

Résumé:

 

 

Catharisme au vrai visage... visage humain, visage vivant. On ne trouvera pas ici une vaine construction de cette imagination « combleuse de vide » qui, depuis le début du XX° siècle, porte tant d’auteurs à fabriquer un catharisme mythologique à petits renforts de trésors cachés, de Graals pyrénéens, d’inédits de Platon ou de rêves bouddhistes. Le catharisme fut l’un des grands courants du Moyen Âge chrétien : particulièrement, mais non exclusivement implanté en Occitanie, déraciné par le fer des armées catholiques, les procédures de Rome et le feu des bras temporels, il disparut de l’Histoire à la fin du XV° siècle, laissant, par-delà une longue oblitération, un message vivant livré à qui le veut bien par la mémoire des documents médiévaux. Christianisme sans damnation éternelle et sans croix, le catharisme refusa le mal et la violence et crut en la bonté fondamentale de la nature humaine. Le vrai visage du catharisme, celui des Bons Hommes dont le bâton sonnait de bourg en château, de ville en désert clandestin, celui des croyantes entraînant ceux qu’elles aimaient dans leur aventure et dans leur foi, c’est le visage que les cathares nous montrent eux-mêmes à travers le miroir dépoli des manuscrits et du temps.

 

 

Mon avis:

 

 

Bon nombre d'ouvrages existent sur le thème. Vulgarisation excessive et mélange des genres, voilà pourtant ce que j'ai pu trouver en général. De ce fait, le sujet me paraissait toujours aussi mystérieux, voire nébuleux, ayant beaucoup de mal à comprendre deux choses: tout d'abord, ce qui pouvait attirer ces individus et ensuite, quelle différence pouvait-il bien y avoir avec une quelconque autre religion ? Si je parle « d'individus », ce n'est pas pour rien. La connotation péjorative que j'accordais à ces cathares venait du fait que je les prenais pour des crétins, pour des fous furieux. J'avoue, à ma grande honte, qu'à force de lire tout et son contraire, j'avais capitulé et abandonné le sujet.

 

Je regrette de ne pas avoir lu plus tôt les livres d'Anne Brenon et notamment celui-ci, Le Vrai visage du Catharisme. Le titre est, par ailleurs, particulièrement bien trouvé puisque cette historienne, spécialiste du catharisme, s'attache à pourfendre les idées reçues, ce qui n'est pas pour me déplaire, loin de là. Dans un style où l'on reconnaît tout le travail et le sérieux de cet auteur – suffisamment simple cependant pour être compris par tous – Anne Brenon va nous expliquer en quoi consiste ce mouvement chrétien médiéval. L'ouvrage se structure en trois parties: la première nous donne, de manière générale, la naissance de ce mouvement, son implantation et ses règles. Dans la deuxième partie, la focalisation sera faite sur le catharisme occitan (et moi qui croyais que le catharisme n'était presque exclusivement qu'occitan !). La troisième partie montrera l'oppression de ces Bons Hommes et de ces Bonnes Femmes par l'Inquisition.

 

Non seulement cet ouvrage est bien documenté, l'auteur faisant bon nombre de références à des sources précises, ce qui démontre encore une fois tout le sérieux de cette étude, mais il est utile. Utile pour comprendre que finalement, ces êtres purs étaient des humanistes, au sens étymologique du terme, avant l'heure. Utile également, à mon sens, pour les différencier justement (et c'était une de mes questions) d'une autre religion chrétienne: les cathares s'intéressent avant tout à l'homme là où d'autres vont s'intéresser d'abord à son créateur. Les "docteurs" cathares étaient aussi affûtés sur les Écritures que leurs adversaires catholiques, et leur "hérésie" était loin d'être stupide. Chrétiens, ils se référaient aux mêmes textes que les catholiques. Leur lecture en était seulement différente. Voilà ce que certains oublient.

 

Loin d'être superficiel comme certains livres sur le même sujet, il creuse en profondeur le thème de façon exhaustive et détaillée. La lecture en est très agréable. Je vous conseille vraiment ce livre. Il s'adresse à tous. Connaisseurs ou néophytes y trouveront ce qu'ils recherchent. Anne Brenon m'a réconciliée avec ce sujet et je l'en remercie vivement.

 

Je tiens à préciser que cette dernière est loin d'être une novice en la matière. L'idée de ce livre est née alors qu'elle avait déjà de très longues années de recherches derrière elle et de nombreuses publications très érudites à son actif. Mais, lassée de la montagne d'énormités qui s'écrivait sur le sujet, et étant par son métier au plus près des sources, elle a voulu à la fois "mettre de l'ordre" dans ce dédale de bêtises et le faire de manière accessible au plus grand nombre. Diplômée de l’École des Chartes et Conservateur des Archives de France, diplômée de l’École des Hautes Études en Sciences Religieuses, spécialiste du catharisme occitan et des hérésies médiévales internationalement reconnue, elle est la fondatrice de la revue Heresis. Ce livre a été réédité douze fois, ce qui est la preuve de son succès et de l'impact qu'il a eu dans les études sur l'histoire du catharisme.

 

 

 

Extrait:

 

 

Contre le catharisme qui s'implantait au cœur de la société occitane, l'Église romaine ne sut pas employer le moyen d'une véritable pastorale, d'une prédication suivie, systématisée ; elle n'eut recours qu'à des missions, limitées dans l'espace et le temps, de légats cisterciens pour la plupart: les prédicateurs n'agissaient qu'en vertu d'un mandat exprès du pape, et avec l'appui des pouvoirs publics. Quelques actions coercitives spectaculaires: l'humiliation de Pierre Maurand à Toulouse purent frapper les esprits. Jusqu'au début du XIII° siècle, aucun effort réel d'évangélisation ne fut poursuivi, et il est indéniable que champ libre fut ainsi laissé à l'expansion de l'évangélisme dissident.

La fin du XII° siècle vit au contraire la succession des étapes organisant la répression, la coercition, assise sur la collaboration des pouvoirs spirituels et temporels: en 1179, au concile du Latran, Alexandre III invitait déjà les fidèles du Christ à prendre les armes contre les hérétiques ; les décrétales, issues des conférences de Vérone de 1184 entre la papauté et l'empereur Frédéric Barberousse - pape et empereur unissant leur réflexion et leur politique, une fois n'est pas coutume ! - fondèrent les préalables juridiques à la coercition: Lucius III et Frédéric convinrent que les hérétiques convaincus seraient confiés au bras séculier ; que les évêques, en leur justice "ordinaire", seraient chargés d'inspecter leur diocèse de manière régulière et de susciter la délation ; que les pouvoirs publics se verraient confier le soin de soutenir et faire appliquer les sentences ecclésiastiques.

Tous les présupposés mentaux se mettaient en place, qui rendraient possible, plus étonnante encore qu'une croisade en terre chrétienne, l'institution de la bureaucratie inquisitoriale.

Et pourtant, au Latran, en 1179, se présenta, dans sa pauvreté évangélique, Vaudès de Lyon, qui demandait le droit de prêcher. Et pourtant, à Vérone, en 1184, le mouvement vaudois, cette pulsion qui entraînait sur les routes et dans le dénuement total hommes et femmes qui cherchaient le Christ ailleurs que dans les cathédrales, fut officiellement déclaré hérétique. Quelques années plus tard, la papauté aurait pu songer à appuyer une action positive de "persuasion" des hérétiques sur une initiative d'aussi bonne et neuve volonté...

 

 


Au théâtre ce soir...

 

La pièce de Katia Verba enfin mise en scène !

 

 


(Cliquez sur les affiches)

 

 

 

 

 

MON EDITEUR

 

 

 

 

SITES AMIS

Newsletter

 

 

 

 

Loading

 

 

 

 

Suivez-moi...

Flux RSS

 

 

 

 

 

Visites