Dortoir interdit.

 

 

 

 

 

 


Voici un bouquin que je n’ai pas lâché et que j’ai lu presque d’une traite (bon, en deux fois, le temps me manquant en ce moment). Alors certes, ce n’est pas de la littérature de haut vol. Amateurs de phrases riches et ampoulées, passez votre chemin ! En revanche, il tient le lecteur en haleine jusqu’à la fin. N’est-ce pas ce que l’on demande à un bon polar ?

L’histoire est originale: Michelle Katz (Mickie) est la narratrice. Elle s’excuse par avance de ne pas être un écrivain (vous connaissez mon horreur pour la féminisation de ce terme). Après ses études d’art, elle rentre dans une boîte branchée de déco, celle de "Madame Lucille" (dont le vrai nom est Sue Ellen Prueflower...), spécialisée dans la décoration d’appartements de millionnaires de la côte Est. Lorsque cette dernière est retrouvée morte, Mickie est la première à être suspectée car l’entente entre les deux femmes n’était plus au rendez-vous. En effet, Mickie était devenue un peu trop célèbre au goût de sa patronne qui la jalousait. La narratrice se retrouve donc sans emploi pendant un court laps de temps. Elle se fait démarcher par l’Agence 13, spécialisée - chose originale - dans la décoration de lieux de crimes. Sa mission sera d’aller chez un milliardaire de Virginie ayant fait fortune dans le pétrole californien, Thobias (Tobbey) Zufrau-Clarkson. Sa famille a fait la guerre de Sécession. Il croit être possédé par l’âme de son arrière-grand-père tombé lors de la bataille de Shiloh. Il a transformé son domaine en camp d’entraînement, a recruté d’anciens G.I à la dérive qui tirent à balles réelles. Des robots, les drones, tirent également sur toutes les personnes qu’ils détectent. Il donne ses filles comme trophées aux vainqueurs. Personne ne dit rien car cet homme complètement déjanté a fait réélire de nombreux hommes politiques...

Bon, et la mission de Mickie dans tout ça, hein ? Elle doit décorer le bunker qui se trouve sur cette propriété. Celui-ci avait été construit lors de la crise des missiles de Cuba. Une simulation avait eu lieu. Ainsi, 300 personnes avaient été enfermées. On leur avait fait croire qu’elles devaient rester 6 mois sous terre (2 semaines en réalité). Elles se sont pratiquement toutes entretuées la 2ème semaine, sans que l’on sache pourquoi.

Bien entendu, ce travail va être ponctué d’aventures et ne va pas être de tout repos, loin de là... Je n’en dis pas plus pour ne rien dévoiler. Si vous voulez passer un bon moment, n’hésitez pas à le lire.



Extrait:

 

 

   - Je sais que vous me prenez pour un affabulateur, a-t-il repris. Il fallait donc que je vous fasse toucher du doigt la réalité de la menace. Regardez bien ! La cuisse... le flanc ... la poitrine... Les trois blessures encaissées par le colonel au cours de la bataille. Elles m’ont été infligées en rêve. La douleur m’a réveillé. Quand j’ai ouvert les yeux, j’étais couché sur mon lit, au milieu des draps imprégnés de sang. Touchez-les, bordel ! Je veux que vous les touchiez !
    Il me faisait peur. J’ai obéi. C’était bien du tissu cicatriciel. Mon index a même détecté les trous laissés par les points de suture.
   - Je suis confronté à une malédiction familiale, a-t-il repris, plus calme. Je dois l’affronter sans détourner les yeux. Ne pas prendre exemple sur mon père. Il est mort la tête tranchée, savez-vous ? Il roulait en décapotable, un câble tendu en travers de la route lui a sectionné le cou. Après l’accident, un petit échotier satirique local a cru malin de faire un bon mot en précisant que mon père ne conduisait pas une décapotable comme on le prétendait, mais une "décapitable". J’avais quatorze ans. Un soir, je suis allé attendre le scribouillard à la sortie du bar où il avait ses habitudes. Je portais une cagoule du Camélia Blanc 1 et une batte de base-ball. Je lui ai broyé les rotules. Il a fini ses jours en fauteuil roulant.
    - Vous pensez réellement que votre père a été victime de la colère du colonel ? ai-je demandé.
   - Bien sûr, j’ai assisté à son calvaire au cours des derniers mois de sa vie. Les cauchemars, le rituel des trois blessures, les cris des domestiques, le médecin qu’on appelle en pleine nuit et à qui on fait jurer le secret... A l’époque, on a essayé de me tenir à l’écart mais j’avais déjà lu le journal de guerre de Trueblue, l’ordonnance du colonel, je savais à quoi m’en tenir. Le problème de mon paternel, c’est qu’il refusait d’admettre l’existence d’un monde occulte. Il se voulait matérialiste et athée, avec férocité. Jusqu’au bout, il a nié l’évidence, même lorsqu’il se réveillait, la cuisse si profondément entaillée qu’on lui voyait l’os. Il n’osait plus dormir. Il se gavait de café noir, très fort. Ce truc ignoble que boivent les Français et les Cubains. Le jour où il est mort, il se rendait à Richmond, il a senti venir le coup de pompe alors qu’il roulait. C’est du moins ainsi que je vois la chose... Il s’est garé sur le bas-côté pour éviter l’accident. Là, le cauchemar l’a rattrapé. Il s’est endormi, il a rêvé des dernières minutes du colonel.... et sa tête a roulé sur le tableau de bord. Cette histoire de câble électrique tombé en travers de la route a été inventée par les autorités du comté qui ne savaient comment résoudre l’affaire. De toute manière, le gouverneur détestait mon père. Il a voulu éviter de faire de lui un martyr, la victime d’un attentat politique. Un accident stupide, ça vous déconsidère."

1. Nom originel du Ku Klux Klan

Au théâtre ce soir...

 

La pièce de Katia Verba enfin mise en scène !

 

 


(Cliquez sur les affiches)

 

 

 

 

 

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