Résumé:
La poésie ne se commente pas, ne se traduit pas, non plus qu’elle ne s’illustre - elle se rencontre.
C’est l’histoire de ce livre. La poésie de Vicente Cervera Salinas est précise, idéelle, ajustée comme l’anneau viennois. Et c’est elle, encore, qui vibre dans la
vitalité des dessins de Julio Silva.
Et puis il y a une rencontre primordiale : la lucidité, le réel en conscience – alors on risque beaucoup, on peut tout perdre, on peut être quitté. S’élève ainsi de ces vers une voix oblique qui
interroge, prie, appelle et se réconcilie.
Mon avis:
Un grand merci tout d’abord à Pierre Thiry et aux Editions du Paquebot pour m’avoir fait découvrir cet auteur.
Effectivement, comme le dit la quatrième de couverture, la poésie ne se commente pas. Il est donc très difficile de pouvoir juger. Cependant, on peut toujours faire partager son ressenti, ses émotions face à ce genre de textes. Vicente Cervera Salinas fait partie de ses auteurs dont la puissance des images ne laisse pas indifférent. Le poète transcende des thèmes quotidiens et pousse le lecteur à la réflexion. S’il utilise la poésie moderne, il n’en reste pas moins qu’elle est très abordable et compréhensible, de fait, par tous. Les références culturelles sont également présentes. Ainsi, dans le poème Hippolyte, on pourra noter une référence soit au Phèdre de Racine, soit au personnage mythologique. Dans Votre jugement et Odysseus, on découvrira aisément un lien avec Ulysse. Une poésie ciselée, travaillée, voilà ce qui ressort de ce recueil que je ne peux que vous conseiller. Il est, de plus, illustré par Julio Silva, peintre et sculpteur, ce qui ne gâche rien.
Extrait:
Hippolyte (traduction Marie-Ange Sanchez et Pablo Lopez Martinez)
Malheureux, si en ton coeur tu guettes l’inquiétude
par une illimitée cascade d’arrogance
légitime et dictée par un dieu sévère
et mortel. A l’affût, ton propre guet tu scrutes
pour renoncer plus tard à ce sage épigramme
qui grave en boue sa lettre. " Arrière ! ", tu t’exclames,
et en toi, prisonnier, est le regard farouche,
et d’acerbe harmonie, ton rictus archaïque.
Tu vomis des serpents enflés de rectitude
et un souffle imprévu repousse en toi l’augure,
trouvant ainsi le roc et une vocation
imbue de majesté. Chair sotte te séduit
qui n’étend qu’au silence une vaste et puissante
sensation. Répands-toi, tu sais bien, en rancunes
sur le corps qui te tente et refuse au baiser
l’étau de sa candeur. Eriges-toi des murs
où l’esprit, sain et sauf, pourra se confiner
toujours dans la prison de sa renonciation.
Mais n’oublie pas qu’un jour, nourrie des lois serviles,
rudesse domptera ton sang à la limite,
et ce jour, menaçants, silence et vérité,
auront à dévaster l’honneur de ton destin.
En espagnol:
Hipólito
Infeliz si acechas la inquietud de tu corazón
en perpetua cascada de arrogancia
legítima, y dictada por dios tan severo
y mortal. Escrutas tu propio acecho
y al cabo renuncias al sabio epigrama
grabado con letra enlodada. " ¡ Atrás! ", exclamas,
y presa es de ti la mirada hosca,
de acerba armonía es tu ristus arcaico.
Vomitas promesas de rectitud
y en ti un soplo imprevisto rechaza su augurio
hallando ruda roca e investida vocación
de majestad. Necia carne te seduce
y sólo al silencio extiende su potente y vasta
sensación. Deshazte, como sabes, en mil rencores
contra el cuerpo que te tienta. Niega al beso
la pureza que atenaza, y edifícate tus muros
donde siempre pueda, incólume, el espíritu
de renuncia hacerse cárcel. Mas no olvides
que algún día tu rudeza, alimentada en sierva ley,
domará hasta el límite tu sangre,
y el silencio y la verdad amenazantes,
habrán de devastar la dignidad de tu destino.