Edouard Glissant est né, à la Martinique, à Sainte-Marie, en 1928. Il a fait ses études en métropole, à
La Sorbonne. Il deviendra Docteur ès lettres. Son intérêt portant d’abord sur la Négritude, il fonda ensuite le concept d’antillanité et de créolisation. En 1960, il signe le Manifeste des 121,
contre la guerre d’Algérie. En 1961, il fonde avec Paul Niger (de son vrai nom Albert Béville, écrivain, administrateur et militant français né en Guadeloupe) le front antillo-guyanais qui se
veut indépendantiste puis autonomiste. Ceci lui vaudra d’être interdit de séjour de 1959 à 1965 sur son île natale pour « séparatisme ». Il revient en 1965 et crée l’institut martiniquais
d’études. De 1982 à 1988, il devient le directeur du Courrier de l’Unesco.
Sur le plan littéraire, Glissant est à la fois poète, romancier, essayiste et dramaturge. On retiendra ainsi
(la liste est loin d’être exhaustive):
Essais:
* Soleil de la conscience. (1956) (Poétique I) Nouvelle édition, Paris:
Gallimard,
* Le Discours antillais. (1981) Paris: Gallimard, 1997.
* Poétique de la Relation. (Poétique III) Paris: Gallimard,
1990.
* Traité du Tout-Monde. (Poétique IV) Paris: Gallimard, 1997.
* La Cohée du Lamentin. (Poétique V) Paris: Gallimard, 2005.
* Une nouvelle région du monde. (Esthétique I) Paris: Gallimard,
2006.
* Mémoires des esclavages (avec un avant-propos de Dominique de
Villepin). Paris: Gallimard, 2007.
* Quand les murs tombent. L’identité nationale hors-la-loi ? (avec
Patrick Chamoiseau). Paris: Galaade, 2007.
* La terre magnétique : les errances de Rapa Nui, l’île de Pâques (avec
Sylvie Séma). Paris: Seuil, 2007.
* L’intraitable beauté du monde. Adresse à Barack Obama (avec Patrick
Chamoiseau). Paris: Galaade, 2009.
* Philosophie de la relation Paris: Gallimard, 2009.
Poésies:
* La Terre inquiète. Lithographies de Wilfredo Lam. Paris: Éditions du Dragon, 1955.
* Le Sel Noir. Paris: Seuil, 1960.
* Les Indes, Un Champ d’îles, La Terre inquiète. Paris: Seuil,
1965.
* L’Intention poétique. (1969) (Poétique II) Nouvelle édition, Paris:
Gallimard, 1997.
* Boises; histoire naturelle d’une aridité. Fort-de-France: Acoma,
1979.
* Le Sel noir; Le Sang rivé; Boises. Paris: Gallimard, 1983.
* Pays rêvé, pays réel. Paris: Seuil, 1985.
* Fastes. Toronto: Ed. du GREF, 1991.
* Le Monde incréé: Conte de ce que fut la Tragédie d’Askia; Parabole
d’un Moulin de Martinique; La Folie Célat., Paris: Gallimard, 2000.
Romans:
* La Lézarde (1958) Nouvelle édition, Paris: Gallimard, 1997;
Port-au-Prince: Presses Nationales d’Haïti, 2007. Prix Renaudot 1958.
* Le Quatrième Siècle. (1964) Paris: Gallimard, 1997.
* Malemort. (1975). Nouvelle édition, Paris: Gallimard, 1997.
* La Case du commandeur. (1981) Nouvelle édition, Paris: Gallimard,
1997.
* Mahagony. (1987) Nouvelle édition, Paris: Gallimard, 1997.
* Tout-Monde. Paris: Gallimard, 1995.
* Sartorius: le roman des Batoutos. Paris: Gallimard, 1999.
* Ormerod. Paris: Gallimard, 2003.
Théâtre:
* Monsieur Toussaint. (1961) Nouvelle édition: Paris: Gallimard,
1998
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Voici un extrait de Tout-Monde, anthologie de toutes les sortes de voyages
possibles:
"On avait commencé, ici aux Antilles, par moquer les fils, ceux qui étaient nés là-bas en France (les
sociologues disaient : ceux de la deuxième génération), on racontait à leur propos des histoires de calimordants (leur manière à eux de nommer les crabes et de pérorer le français quand ils
revenaient au pays et qu’ils étaient débarqués de ces Boeing 747 où on vous traitait presque comme un bétail ou une cargaison), plus tard on les appela des Négropolitains, ils en revendiquèrent
parfois l’appellation, et la question se posa donc, à quoi nul ne porte réponse, de ce qu’ils sont en vérité.
On s’évertuait de partout à les coincer laminairement entre deux
impossibles, d’un ici et d’un là-bas, et entre deux identités, aussi frileuses et circonspectes l’une que l’autre, du Français et de l’Antillais. L’idée grossit alors que la seule ressource était
l’intégration. Il y eut des leaders nationaux de l’intégration. Il fallait accomplir la citoyenneté irréversible, au lieu même où on vous l’avait accordée, et malgré même la résistance des
citoyens patentés, dits français de souche.
Mais ils sont, ceux-là qui naviguent ainsi entre deux impossibles,
véritablement le sel de la diversité. Il n’est pas besoin d’intégration, pas plus que de ségrégation, pour vivre ensemble dans le monde et manger tous les mangers du monde dans un pays. Et pour
continuer pourtant d’être en relation d’obscurité avec le pays d’où tu viens. L’écartèlement, l’impossible, c’est vous même qui le faites, qui le créez.
Aussi bien, plutôt que de vous déchirer entre ces impossibles (l’être aliéné, l’être libéré, l’être ceci l’être cela), convoquez les paysages, mélangez-les, et si vous
n’avez pas la possibilité des avions, des voitures, des trains, des bateaux, ces pauvres moyens des riches et des pourvus, imaginez-les, ces paysages, qui se fondent en plusieurs nouveaux
recommencés passages de terres et d’eaux. Ce train qui trace dans la banlieue de Lyon, poussez-le à un autre impossible mais bien plus ardent, la bousculade entre les hauts et les fonds de tant
d’environs et de lointains."
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Voici un extrait de La Lézarde:
Chapitre XV
" La jeune fille avait du courage: elle marcha toute la nuit parmi les ombres affolantes, sans entendre les chiens (ou les engagés qui empruntent la forme des chiens, courent la campagne, volent,
effrayent, s’amusent d’autrui), sans entendre le bruit multiplié de sa propre marche dans la splendeur noire, sans rien entendre qu’en son coeur un silence encore étonné, un silence qui avait
pris corps et qui était maintenant l’âme sans âme de sa chair. C’était une fixité étrange dans la nuit..."