Résumé:
Victor Hugo avait deux filles : Léopoldine, morte noyée à dix-neuf ans, et Adèle. La première est immortalisée par Les Contemplations, la seconde par les éloges des romantiques et le visage d’Isabelle Adjani dans Adèle H. Près d’un siècle après sa mort, l’ "autre fille" de Victor Hugo n’avait encore à ce jour aucune biographie. Adèle Hugo était belle, talentueuse, féministe, l’une des toutes premières. D’elle, Balzac a dit : "Elle n’a que quatorze ans, mais elle sera! ". Et pourtant, exilée avec son géant de père sur les îles anglo-normandes, entièrement vouée, comme sa mère et ses frères, à la dévotion de l’écrivain, elle y fane sa jeunesse, ses ambitions artistiques et ses rêves amoureux. Jusqu’au jour où, ouvrant la porte de sa cage, elle s’enfuit à l’autre bout du monde sur les traces d’un militaire, le bel Albert Pinson. A son retour de La Barbade en 1872, la malheureuse Adèle est enfermée dans une maison de repos, " maison de folles " disent les journaux. Adèle était-elle démente ? Méritait-elle les quarante-trois années de réclusion auxquelles son père l’a condamnée ? Cette biographie tente d’élucider les nombreux mystères qui planent sur cette existence, à partir d’une lecture attentive du journal d’Adèle (six mille pages, connues). En établissant la responsabilité du père, elle a aussi pour mérite de révéler sous un jour inconnu la figure du grand homme.
Mon avis:
Généralement, lorsque l’on nous parle des enfants de Victor Hugo, nous vient à l’esprit un prénom, celui de Léopoldine, fille chérie de l’écrivain, morte accidentellement par noyade en 1843 avec son époux, Charles Vacquerie. Hugo aura énormément de mal à s’en remettre. Son poème, Demain dès l’aube, écrit en hommage à sa fille la veille du quatrième anniversaire de sa mort en est la preuve:
Demain, dès l’aube, à l’heure où blanchit la campagne,
Je partirai. Vois-tu, je sais que tu m’attends.
J’irai par la forêt, j’irai par la montagne.
Je ne puis demeurer loin de toi plus longtemps.
Je marcherai les yeux fixés sur mes pensées,
Sans rien voir au dehors, sans entendre aucun bruit,
Seul, inconnu, le dos courbé, les mains croisées,
Triste, et le jour pour moi sera comme la nuit.
Je ne regarderai ni l’or du soir qui tombe,
Ni les voiles au loin descendant vers Harfleur,
Et quand j’arriverai, je mettrai sur ta tombe
Un bouquet de houx vert et de bruyère en fleur.
Poème simple mais au lyrisme remarquable, il est à l’image du poète tel que nous le connaissons. Cependant, sous la plume se cache un homme à la nature plus complexe. C’est ce qu’Henri Gourdin s’est attaché à démontrer avec brio. Hugo a eu cinq enfants: Léopold (mort très jeune, à 3 mois), Léopoldine, Charles, François-Victor et Adèle. Si cette dernière a attiré l’attention, c’est qu’on a très vite (trop vite ?) affirmé qu’elle avait sombré dans la folie, la même qui avait atteint son oncle, Eugène, décédé à 37 ans. Cependant, son père n’y était-il pas pour quelque chose ? N’est-ce pas l’esprit de révolte qui souffle chez la jeune fille qui déterminera son triste destin ? Adèle voulait épouser le lieutenant Albert Pinson, ce qui revenait à s’éloigner de son père. Celui-ci ne l’a pas supporté. Et c’est bien à partir de là qu’il proclamera à qui veut l’entendre que sa fille est folle. Pire, il la fera enfermer.
Je conseille vivement la lecture de cet ouvrage qui permet d’avoir un regard nouveau sur cet écrivain adulé que l’on ne connaît pas au final.
Extraits:
" Chacune avait son spectre ; Adèle avait en outre celui de Léopoldine. Car la famille reportait sur la cadette, seule fille survivante de la tribu, le devoir de maternité dont la mort exemptait l’aînée. Au poids de ce double fardeau s’ajoutait, pour Adèle, la volonté formidable de son père ; une volonté caressante, habillée de beaux mots, enveloppée de tendresse... et non moins formidable. Car Hugo avait du mythe de la rédemption une vision particulière: pour lui, le destin de la femme était de racheter les fautes d’Ève, de gagner son Ciel et un peu celui de son époux dans les douleurs de l’enfantement et les embarras de la maternité. Entre le père, apôtre du mariage bourgeois, et l’enfant, éblouie de sa propre beauté, la tension montait. La farce du refus des prétendants menaçait de tourner au drame. "
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" Les moindres déplacements d’Adèle, à partir du 15 février 1872, sont surveillés et contrôlés, à la fois par la dame de compagnie qui lui est attachée et par le personnel médical. En réalité, elle quitte rarement sa chambre ou le parc de l’établissement. Son infirmière l’emmène parfois en promenade ou au théâtre, toujours en matinée, et les bulletins de santé rapportent fidèlement ces petites sorties en décrivant l’état du ciel et l’humeur de la promeneuse. Mais ne cherchez pas un rapport médical un peu détaillé, une analyse des comportements de la pensionnaire ou de son évolution, l’un des quatre certificats exigés par la loi de 1838. Où que vous alliez, on vous répondra que tout a disparu. "