La Nef des loups

 

 

 

 

La Nef des loups de Yann Kervran

 

 

 

Quatrième de couverture : 

 

Automne 1156. Un bateau quitte Gênes pour la lointaine Terre Sainte. Le temps d’un voyage, le navire accueille hommes de lucre, marchands ambitieux, marcheurs de la Foi et soudards censés les protéger : autant d’histoires différentes qui se côtoient à distance respectueuse, pour autant que le permette un espace si limité, quand une première mort violente vient semer le trouble. On voit alors le monde clos du bateau s’agiter, soupçonner, et craindre, tandis que la Mort, elle aussi, poursuit son voyage : au rythme lent du navire, elle frappe encore, et la peur envahit les ponts, les coursives, les cabines. Ernaut, un solide jeune homme à la curiosité insatiable, va se mêler de ce qui ne le regarde pas. Il le devine, un fil mystérieux relie tous ces crimes, qu’il faut trouver et suivre. Mais le jeune Ernaut, dans l’inconscience de son âge, ne sait pas à qui il ose s’attaquer...

 

 

«  ... une silhouette s’effaça silencieusement après avoir assisté à l’agression, rejoignant l’obscurité discrète du passage. Le témoin muet restait là, à admirer la macabre scène, comme envoûté, oscillant entre plusieurs sentiments. Se frottant le visage en un geste inutile pour évacuer l’eau serpentant sur ses joues, il hocha le menton lentement, comme pour convaincre un invisible interlocuteur. Un appât, songea-t-il, un appât offert par Dieu ! »

 

 

L'auteur :

 

 

Ancien rédacteur en chef de magazines historiques (Histoire Médiévale, Histoire Antique, L’Art de la Guerre...), Yann Kervran se consacre désormais à la photographie, la direction de collections et à l’écriture.

 

Son site : Hexagora.

 

 

 

Mon avis :

 

Quel titre bien choisi ! D'abord car il fait de suite penser à La Nef des fous, bien sûr, ouvrage médiéval de Sébastien Brant et tableau de Jérôme Bosch. Ensuite, pour l'histoire relatée. Résumons les faits assez brièvement: 

 

A Gênes, à bord du Falconus, le bateau se rendant en Terre Sainte, des personnages au caractère bien trempé ont embarqué. Et comme souvent, surtout en cette période, on ne sait pas avec qui on voyage. Le jeune Ernaut, un Bourguignon, se trouve à bord avec son frère, Lambert. Ils comptent tous deux s'installer là-bas. 

 

L'atmosphère, à Gênes, est pesante. Des crimes ont été commis. Ils font l'objet de discussions sur le bateau. Mais lorsque la mort vient rôder autour d'eux, ceux qui sont à bord commencent à avoir peur. En effet, un marchand, Ansaldi Embriaco, est retrouvé mort dans des circonstances étranges : " assis bizarrement sur sa chaise, les bras le long du corps, allongé sur son écritoire, le dos de sa cotte nimbé d'une large tache foncée ". Mais ce dernier ne sera pas la seule victime. Un deuxième cadavre sera retrouvé. A partir de là, commence pour Ernaut et deux de ses compagnons de voyage, Régnier et Herbelot, une enquête des plus passionnantes.

 

Mettre le nez dans ce livre est dangereux, surtout si vous n'avez que peu de temps devant vous... car vous ne le lâcherez plus jusqu'à la fin. Et ce, pour différentes raisons :

 

 - L'intrigue est originale : nous sommes loin ici de certaines images d'Épinal. Mettre ainsi en exergue le monde marin n'en est que plus efficace pour provoquer l'adhésion du lecteur car peu de livres traitant de cette période l'ont fait (d'ailleurs, je me demande même s'il y en a eu un ? Je ne crois pas... Il y a certes des scènes, comme dans le Roman d'Apollonius de Tyr, mais pas, à ma connaissance, tout un texte axé dessus). Yann Kervran a même fait le dessin du Falconus et a mis des cartes du voyage afin que nous puissions visualiser l'histoire. Ce n'est peut-être qu'un détail, mais il a son importance. 

 

 - L'histoire dans l'histoire : Le début du roman commence dans un monastère. Un jeune moine se laisse conter ces aventures par un des patriarches, le chantre. Bien entendu, la visée est didactique. 

 

 - Les personnages sont attachants, notamment Ernaut, et, surtout, profonds. Celui qui est qualifié, à un moment donné, de "sanglier" ou encore de "pèlerin plus dévastateur que les plaies d'Égypte", sa force herculéenne et son physique impressionnant le quidam. Mais celui-ci est loin d'être une brute épaisse. Ses qualités et ses valeurs sont admirables. Sa gaucherie est presque touchante. 

 

 - Le style : fluide, il permet d'avoir une lecture très agréable, enrichie par le vocabulaire médiéval. Mais attention, rien de lourd ou de peu compréhensible. La langue médiévale est ici saupoudrée avec délicatesse pour le plus grand bonheur des lecteurs. Ajoutons à ceci un brin d'humour, et vous obtiendrez la recette parfaite d'un ouvrage qui va vous faire passer quelques heures de pure réjouissance.

 

Dois-je préciser que j'ai vraiment apprécié ce roman ? J'attends maintenant avec impatience le second tome ! 

 

 

Extrait : (P182-183)

 

" Grand pardon de vous interrompre, messires, mais moi aussi je pourrais m'avérer utile."

   Régnier et Herbelot se retournèrent et découvrirent Ernaut, les mains sur les hanches, le sourire aux lèvres et le regard plein d'espoir. Et si Régnier fut amusé par cette vision, il n'en fut pas de même pour Herbelot, qui se renfrogna, mécontent d'avoir été coupé dans son élan. Il lança un œil noir à l'adolescent : "Pour ta gouverne, garçon, apprends qu'il n'est pas correct de s'immiscer de pareille façon dans une conversation. Je ne doute que chez toi cela puisse se concevoir, pas avec un clerc de la chancellerie de l'archevêque de Tyr, ou un chevalier du roi Baudouin."

   Ernaut ne se laissa pas démonter par la rebuffade.

  "Soyez assuré que les miens parents m'ont enseigné que cela ne se faisait pas. Mais il me semble important de me signaler à vous, même au prix d'une impolitesse. Il en va tout de même du meurtrissement d'un homme."

   La réponse arracha un sourire à Régnier, vite effacé, au cas où Herbelot l'aurait regardé. Il s'efforça de prendre un air sérieux et autoritaire lorsqu'il répondit.

   "A quel titre pourrais-tu être utile ? J'ai déjà valet.

   - Il a un travail, ce me semble : vous servir. Moi c'est en tant qu'homme libre que je m'offre. Vous êtes tous deux notables de premier plan, on a tendance à se comporter différemment en votre présence. Moi, je ne suis pas grand-chose, alors je peux plus facilement guetter les gens..."

   Herbelot leva les yeux au ciel, abasourdi de l'innocence du garçon qui pensait passer inaperçu malgré sa taille gigantesque. Le chevalier, lui, prit le temps de réfléchir à ces arguments. Le jeune homme n'avait pas tort.

 

 

Au théâtre ce soir...

 

La pièce de Katia Verba enfin mise en scène !

 

 


(Cliquez sur les affiches)

 

 

 

 

 

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