Résumé:
C’est jour de fête à New Crúiskeen : on honore la mémoire d’Émily Bean, la célèbre enquêtrice, pourfendeuse du mal et redresseuse de torts. Mais la veille, Shirley MacGuffin a été assassinée ;
tous s’attendent à ce que Notre Héroïne, meilleure amie de la défunte et fille d’Emily Bean, se charge elle-même de l’enquête. Sauf que Notre Héroïne se moque bien de pourfendre le mal et de
redresser les torts Pourtant, bien qu’elle n’ait aucune envie d’affronter les redoutables Refurserkir, guerriers mystiques du Vanaheim, elle va devoir reprendre du service. Hommage étourdissant
aux pulps et à la mythologie nordique, entre Pynchon et Jasper Fforde, Icelander comporte en outre un auteur nabokovien, un duo de détectives métaphysiques, un royaume souterrain situé sous
l’Islande et une scène mémorable de karaoké scaldique.
Mon avis:
Un grand merci au site de Blog-o-Book ainsi qu’aux Éditions Asphalte.
Les partenariats permettent souvent de faire des découvertes et c’est bien le cas ici. Ce roman est un petit chef-d’œuvre et je pèse mes mots. Alors certes, il est peu conventionnel et risque de
déranger les lecteurs de romans traditionnels pour deux raisons. Les personnages principaux tout d’abord: le narrateur est identifiable par le "je" majuscule. L’autre personnage est la fille
d’Émily Bean, inspirée par les mémoires éponymes de Magnus Valison. Je n’en dirai pas plus pour ne pas tout dévoiler. Un conseil cependant: lisez bien la postface. La deuxième raison pour
laquelle le lecteur peut être dérouté concerne la structure. Si elle peut paraître un peu anarchique, il suffit de passer les premières pages pour en comprendre toute la valeur et pour ne plus
sortir le nez de ce roman jusqu’à la fin.
Au style simple et agréable viennent s’ajouter de la poésie et de l’humour dont la finesse n’a d’égale que la richesse de l’histoire.
Je vous conseille vivement ce livre.
Extrait:
Notre Héroïne s’éveilla au flochottement de la neige contre la fenêtre, des dendrites étoilées parfaites qui s’écrasaient contre la vitre. Sa gorge trop sèche émit un grognement à leur encontre
(un mot adamique visant à les chasser de son coin de paradis) mais l’effort ne porta pas ses fruits et l’esprit glacé de la neige réussit à transpercer les carreaux. Il traversa les couvertures,
la couette et les draps pour s’emparer de Notre Héroïne qui était enfouie dessous, nue. Elle frissonna, laissa un bâillement parcourir tout son corps, et, comme elle s’étirait aux confins du lit,
elle sentit les acides s’accumuler dans ses membres ; elle chercha à voir jusqu’où elle pouvait s’étirer sans toucher quoi que ce soit.
Elle n’était pas seule quand elle avait sombré dans un sommeil alcoolisé, même si c’était le cas désormais. Hubert Jorgen n’était plus là. La couette et les édredons enroulés autour d’elle
avaient toujours son odeur (propre et charnue, comme celle d’un savon fait à base de graisse de bacon) et sa tête avait laissé une empreinte au creux de l’oreiller, mais le corps lui-même était
absent. Elle respira une dernière fois l’odeur et laissa de nouveau résonner un bâillement barbare du fin fond de sa mâchoire. Sa mélodie bien à elle.
Lorsqu’elle se glissa hors du lit à contrecœur, elle remarqua qu’il ne s’agissait pas du sien et se demanda vaguement comment elle avait atterri là. Et puis, à travers le brouillard de sa gueule
de bois, elle se rappela.