Editeur de La Louve éditions, Jean-Louis Marteil est un écrivain prolixe qui a tout abandonné pour s'adonner à sa passion: l'écriture. Histoire et littérature sont étroitement imbriquées chez cet auteur perfectionniste en quête constante de qualité.
Je ne peux que vous conseiller d'aller voir son site afin de vous faire une idée.
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LA RELIQUE
Résumé:
A l'aube du XIIe siècle, trois moines sont envoyés à la recherche d'une relique qui pourrait épargner la ruine à leur abbaye. Et si le but de leur voyage est fort loin, les ennuis, eux, vont commencer très vite. Un prieur inflexible et caractériel, une nuit de beuverie épique, un herboriste furieux et maître ès hypocrisie, des ossements baladeurs et capricieux, des soudards impossibles, des bandits pitoyables, un chien de garde à l'humeur dévoreuse, une beauté tentatrice et, quelques états d'âmes plus loin, les trois moines auront vécu une folle et redoutable pérégrination, poursuivis par les mystères de la foi. Nécessité faisant loi, les hommes d'Eglise ne renoncent donc à rien (pas même à Dieu) pour bénéficier des bienfaits de saints au comportement et au caractère souvent imprévisibles... Dans la veine des meilleurs romans picaresques, parcourue d'un vent de folie légère, sous-tendue par un discours profondément humaniste, cette histoire est une déambulation initiatique et cocasse dans l'imaginaire du Moyen Age. Il y a, au fil de ces pages, une vraie jubilation à suivre la route cahotique de personnages attachants... et tellement humains !
Mon avis:
Ceux qui me connaissent savent à quel point je suis dans mon élément avec ce genre de roman. Et c'est justement la raison pour laquelle j'en demande toujours plus à un livre faisant référence au Moyen Âge. Là, j'avoue être comblée car non seulement on voyage dans ma période de prédilection avec justesse et finesse, mais, cerise sur le gâteau, on s'attache très vite aux différents personnages.
J'ai une tendresse particulière pour Abdon, ce pauvre garçon maladroit qui a vu périr tout son village et qui fut recueilli par les moines. Sa gaucherie, ses maladresses le rendent attachant... mais ce n'est pas ce que pense l'Abbé, excédé par le comportement de cette jeune recrue. Il essaie donc de l'écarter en l'envoyant chercher une relique... enfin... voler serait peut-être plus juste... qui pourrait ramener des pèlerins et remplir ainsi les caisses de l'abbaye qui restent désespérément vides. On en profite pour demander à Frère Bernard, gaffeur également, de l'accompagner. Pour les surveiller, leur est adjoint Frère Jérôme, plus intelligent, mais qui, personnellement a eu plutôt tendance à m'exaspérer pendant une bonne partie de l'histoire. Cependant, les bons côtés de la nature humaine reprenant vite leurs droits, on s'aperçoit que le respect d'autrui et l'Amitié avec un grand A sont les maîtres mots de cette aventure. Ils sont la force de nos trois personnages et, finalement, on peut se demander si cette quête de la relique n'est pas une quête de soi.
Ajoutons à ces personnages, à cette philosophie humaniste qui transparaît, le style de Jean-Louis Marteil: l'humour - mais un humour tout en finesse - ponctue le récit ce qui rend la lecture très agréable. La langue est riche, pour notre plus grand plaisir, sans pour autant être pédante.
Vous avez bien compris, je pense, que je me suis régalée à lire ce roman qui appartient à une trilogie. Je vais me jeter sans réserve sur la suite de cette aventure avec L'Os de Frère Jean et Le Vol de l'aigle. Et pour rassurer ceux pour qui le Moyen âge apparaîtrait comme une période sombre et nébuleuse, je précise que ce livre peut être lu par tous. Je suis même persuadée qu'il aidera à défaire les préjugés - nombreux - et les réticences - non moins importantes - et qu'il vous engagera à lire la suite...
Extrait:
" Ah ! Frère Anselme ! Approchez, je vous en prie..." fit l'abbé, tandis qu'Abdon enfonçait un peu plus sa tête dans ses épaules.
Anselme vint derrière Abdon, s'arrêta, et lâcha un soupir excédé. Le gros moine eut confirmation de son pressentiment: il n'avait pas vu le regard pointu que le frère herboriste venait de lui décocher, mais il entendit le soupir...
Un sifflement de serpent, songea-t-il...
L'abbé regarda Abdon qui torturait de plus belle la gaine de son couteau. " Onze années, frère Abdon ! Des milliers de journées passées parmi nous, et presque autant de catastrophes ! " s'écria-t-il avant d'enchaîner sur un ton faussement suppliant: " Etes-vous ici pour nous faire vivre le Purgatoire sur terre ? "
Abdon releva les yeux vers l'abbé, impressionné par cette drôle d'idée, et les rabaissa aussitôt.
" Nous avons connu le Paradis, néanmoins ", lâcha Anselme, mauvais, " dix jours où il n'eut point à s'accuser de ne s'être pas levé au son de la cloche ! Dix jours où la fièvre le cloua sur sa paillasse ! "
L'abbé haussa les épaules et désigna Abdon.
" Mais depuis, rien ! Pas même un refroidissement ! Il possède la santé d'un ours des montagnes ! " dit-il, sincèrement attristé, avant de hurler soudain, provoquant un mouvement de recul de frère Abdon: " Jamais malade, l'ours des montagnes ! " Là-dessus, excédé, il rejoignit son siège et s'y laissa tomber en lâchant un grognement. Redressant le buste, il déposa doucement ses mains sur les accoudoirs. Il regarda vers les fenêtres du cloître où les marteaux frappaient en cadence. Il revint enfin à Abdon: " Vous aiderez le frère herboriste à réparer les dégâts que vous avez causés, et..." Il s'interrompit en remarquant Anselme, derrière le gros moine, qui faisait désespérément des gestes de dénégation, préférant éviter, à l'évidence, que frère Abdon revînt s'occuper de jardinage. " J'ai dit ! " trancha pourtant sèchement l'abbé.
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L'OS DE FRERE JEAN
Quatrième de couverture:
Mon avis:
Si vous avez aimé - que dis-je ? adoré ! - La Relique, premier tome de la trilogie, vous ne pourrez que dévorer ce deuxième. Nous retrouvons nos trois compères, Abdon, Bernard et Jérôme dans une situation bien différente que dans La Relique. En effet, les rôles sont inversés cette fois puisqu'un moine auvergnat, Déodat, envoyé par son abbaye pour voler faire une translation de la relique de Saint-Vincent... enfin, de ce qui est supposé l'être, va leur causer bien du souci. Déodat réussira à corrompre le "gardien du temple", Frère Gabriel, et à s'enfuir avec l'os. C'est Bernard le premier qui va se lancer à sa poursuite, en pleine nuit. Les deux autres, quant à eux, sont bien plus inquiets de la disparition de leur ami et vont à sa recherche. Déodat va être mis à mal, quant à lui, par trois moines que rien n'arrête, Frère Aicart, Frère Je-sais et Frère Eléazar (on notera les jeux de mots).
La construction de ce tome est différente. Si la focalisation, dans le premier tome, était extérieure pour le besoin des aventures de nos personnages, nous plongeons cette fois dans l'univers privé de l'abbaye ainsi que dans celui des tavernes. Jérôme va se dévoiler. Ce moine devient de plus en plus sympathique à mes yeux (on se rappellera qu'il m'avait insupportée pendant une bonne partie du premier tome) en brisant sa carapace. Abdon, toujours balourd, se révélera également être d'une réflexion très fine et guérira Bernard de ses doutes. Doutes sur le fameux pays de "Frère Jean". (mais je n'en dis pas plus pour ne rien dévoiler). Quant à Déodat, on ne peut pas lui en vouloir complètement. Il réfléchit à deux fois avant de voler la relique et ne veut surtout pas faire de mal à Gabriel. Les choses ne tourneront pourtant pas comme prévu.
L'humour est toujours présent, pour notre plus grande joie. Notamment avec l'image récurrente des pigeons sur lesquels l'auteur semble faire une focalisation (ce que je peux comprendre par ailleurs, ayant été "adoubée" par un de ces volatiles du diable en gare de Tours). Un humour toujours fin, toujours au service d'un message: l'humanisme. Jean-Louis Marteil sait associer l'écriture, très agréable, le style , d'une richesse égale à certains grands auteurs, à ses idées profondément humaines. C'est ainsi qu'il mettra souvent, pour ne pas dire toujours, les côtés positifs de l'Homme en avant.
Un livre à lire sans attendre !
Extrait
Jérôme, pour sa part, questionnait en silence le Dieu des chrétiens, son Dieu, lui demandant comment il se faisait qu'Il eût été capable de mettre tant de beauté dans la nature et tant de laideur, parfois, au coeur des hommes. Et il n'était pas loin de penser que c'était impossible: le Dieu de l'Evangile, ce Dieu d'amour, Père de Jésus, ne pouvait point être à l'origine d'un mal quelconque , fût-il celui issu d'un esprit humain perverti ! Aux yeux de l'Eglise et de ses docteurs, de telles idées frisaient l'hérésie et sentaient bon le fagot, le maigre en était conscient et s'en révoltait. Rien, pourtant, ne l'empêcherait de continuer à méditer de la sorte, car il avait une confiance absolue en Dieu, qui perce mieux les pensées que n'importe lequel de ses imparfaits - et souvent douteux - représentants sur terre.
Puis il songea soudain que Bernard, avec sa croyance nouvelle en un pays merveilleux et idéal, était plus proche de l'essence profonde de la divinité qu'il ne l'avait jamais été lui-même. Le soleil vint réchauffer son visage et, pour un peu, il aurait proposé au géant de ne point retourner à l'abbaye et de l'accompagner dans sa quête, une quête vaine et vouée à l'échec - donc nécessaire et vitale, bien que très égoïste... Seul le sentiment sincère qu'il serait plus utile ailleurs, parmi ses frères désormais privés de relique, l'en empêcha.
" Nous sommes à nouveau réunis, nous trois", lâcha tout à coup Abdon. " Il me semble que c'est là l'essentiel."
Mentalement, Jérôme remercia Abdon. N'était-elle pas là, en effet, la quête, la seule quête qui valût la peine ? En se penchant en arrière, il regarda Bernard, afin de juger de sa réaction à cette si belle affirmation.
Hélas ! Malgré de louables efforts, le géant affichait toujours le regard impénétrable des baudets résolus à ne plus avancer, quoiqu'il pût leur arriver.
" Tu as raison", répondit alors Jérôme, en espérant que Bernard était assez présent pour entendre ses paroles, "car si nous avons couru si vite, ce n'est point pour reprendre un os, c'est pour retrouver un ami précieux." Il monta le ton: "Cet ami doit le savoir !
- Oh ! Il le sait", dit Abdon, entrant dans le jeu. " Il aurait couru de même pour nous..."
Bernard s'écarta légèrement, juste à ne plus toucher de l'épaule. Il avait très bien entendu. Il sentit revenir en lui l'envie de pleurer. De sa vie, il ne se souvenait pas d'avoir eu à affronter telle émotion.
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LE VOL DE L'AIGLE
Résumé:
Après La Relique et L’os de frère Jean, ce troisième et dernier volume de ce qu’il faut bien appeler une trilogie nous lance, en compagnie des frères Abdon, Jérôme et Bernard, sur de bien hypothétiques chemins de Compostelle. Expédiés par leur abbé, et pour de toujours aussi mauvaises raisons, à la poursuite d’un supposé miracle, les trois voyageurs malgré eux sont cette fois affublés d’un quatrième compagnon : l’âne Morel, têtu, ombrageux, maître ès ruades, refusant tout ce qui pourrait s’apparenter à un travail, mais ô combien attachant, au point de transformer le trio “historique” en un inséparable quatuor. Avec le même humour, la même proximité humaine pour ses personnages, et en même temps avec le même souci de la vraisemblance historique, l’auteur nous conduit de situations improbables en rencontres savoureuses, de dialogues absurdes en gags visuels, et exprime ainsi à chaque page sa foi en ce que l’humanité peut posséder de meilleur.
Mon avis:
Voici donc le dernier volume (mince alors, j'en aurais bien lu plus moi !) de cette très agréable trilogie. Nous retrouvons nos trois compères, Abdon, Jérôme et Bernard qui, cette fois, ne sont plus à la recherche d'une relique mais de moines se transformant en aigles. Mensonge proféré par leur abbé supérieur afin de les éloigner de l'abbaye... Nous découvrons vite que si ces trois là n'y sont plus, l'abbaye n'en tourne pas mieux pour autant. C'est ainsi que le Frère Anselme, ayant eu l'idée saugrenue de vouloir planter une croix à tête d'aigle en soudoyant Imbert, le tailleur de pierre, va se retrouver gardien de la relique tout en sortant de temps en temps de la crypte afin de soigner le jardin. Cependant, une blessure à la main l'empêche de faire lui même le travail. On lui attribue donc deux novices pour lui apporter de l'aide. Mais gérer un jardin n'est pas la même chose que gérer des humains. Frère Thomas, quant à lui, n'en finit plus de mourir, au grand dam de ses comparses qui ne font même plus attention à ses toussotements. Tous ou presque sont de corvée de lucubrum, à commencer par Gabriel... Rien ne va plus au pays de la relique.... Quant à nos moines préférés, ils se retrouvent avec un âne, Morel, qui leur fera découvrir qu'il n'est pas aussi bête qu'il en a l'air et que les animaux se révèlent être plus fiables que les humains. Si l'auteur prend cette figure typique dans la littérature antique (l'Âne d'or d'Apulée) ou médiévale, ce n'est sans doute pas une coïncidence: symbole de l'entêtement et de la bêtise, on découvrira vite que ce n'est réellement qu'un cliché, qu'une façade. Les aventures vont se succéder, au rythme des rencontres: Dominique, le moine toujours en train de se plaindre et qui arrivera à faire sortir notre bon Abdon hors de ses gonds ; Joan, le ménestrel atypique... Dans ce troisième tome, au ton légèrement plus grave que les deux autres, tout en étant ponctué de cet humour qui me charme depuis le premier tome, l'être humain se révèle complètement. La réflexion sur l'humanisme arrive à son apogée: n'avons nous pas, en chacun de nous, un peu de Jérome, d'Abdon ou de Bernard ?
Si vous n'avez pas encore acheté cette trilogie, courez vite dans votre librairie la plus proche. Voici, et c'est rare, ce qui mérite d'être souligné, un texte qui vous permet à la fois de passer un très agréable moment et de vous interroger sur vous et sur l'être humain en général.
Extrait:
Joan avait proposé à Jérôme de faire route avec lui, et donc avec les deux autres et l'âne, cet animal pour lequel, en bon amuseur qu'il était, il avait conçu aussitôt compréhension et affection... Le pire, c'est que cela semblait être réciproque: malgré quelques lourdes plaisanteries et des tapes appuyées sur l'arrière-train, Morel n'avait toujours pas aplati le jongleur contre un mur.
Dominique, de son côté, avait pleuré et couiné tant de "aïe" déchirants que le Lombard, lui aussi en route pour Oloron, l'avait autorisé à user de l'une de ses mules. A l'étape de la veille, peu après la cité de Pau, le geignard n'avait donc pas trop gémi, en tous cas, il n'avait pas fait le siège des pèlerins et de leur âne, se contentant de ne point s'éloigner du marchand. Jérôme, pendant ce temps, creusait son idée de l'avant-veille, car le Lombard n'allait point en Espagne et il devait demeurer plusieurs journées à Oloron. C'était ce qu'il avait annoncé. En clair, cela signifiait que Dominique se remettrait en quête d'un moyen de transport moins pénible pour ses jambes dès le lendemain. Il faudrait être prêt à le satisfaire enfin. A cette seule pensée, un petit ricanement perfide échappa à Jérôme, mais pas à Joan:
"A quoi penses-tu ?" demanda ce dernier.
Jérôme regarda son nouveau compagnon et lui sourit avec amabilité.
"A mon égoïsme", répondit-il.
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LA CHAIR DE LA SALAMANDRE
Quatrième de couverture:
Mai 1221.
Un échafaudage s’écroule : deux morts (dont une poule imprudente). Le vent a tué, prétend aussitôt la rumeur…
Un architecte meurt noyé et étranglé (ou l’inverse), et l’eau a tué… Un artisan est étouffé par une poignée de terre, et la terre tue à son tour… Un incendie criminel et meurtrier se produit, et l’on accuse le feu… Ce que nul ne peut imaginer, en revanche, c’est qu’il existe bel et bien un cinquième élément et qu’il commande peut-être à tous les autres. Mais que diable pourraient en connaître le capitaine Mord-boeuf, le tavernier Tranche-tripe, le routier Tape-buisson ou le gabarrier Rince-fût, et autres personnages qui, pour être parfois fort inquiétants et dangereux, n’en sont pas moins complètement loufoques ?
Sur fond d’humour (noir évidemment), crimes sanglants, situations burlesques et dialogues absurdes se succèdent ici, tandis que le drame se joue et que le maître des Enfers rôde, à la recherche de proies…
Mon avis:
Parce que se contenter du terme « Waouhhh » ne suffirait pas et, surtout, ne ferait pas sérieux, je vais étoffer un peu plus mon ressenti face à ce livre.
Un grand auteur est, pour ma part, quelqu'un qui arrive à différencier son style selon le genre de récit qu'il veut nous faire partager. Certains se confinent ainsi au polar ou au roman basique sans jamais en changer. D'autres, comme Jean-Louis Marteil, jongleront entre essais, romans, romans historiques ou romans noirs avec une facilité déconcertante. La richesse de la langue, l'aisance du style, l'écriture toujours ponctuée d'humour – « sa patte » - viennent s'ajouter à la finesse des descriptions, des détails, aux portraits des personnages et à leur truculence. Le lecteur se laisse prendre dans ce tourbillon de culture avec bonheur. Car, comme à chaque fois, l'auteur s'est documenté, n'a rien laissé au hasard.
Ce roman noir nous offre, non pas l'image des moines comme dans la trilogie, mais celle d'un métier peu aimé: l'usurier. Associé à l'image de la salamandre, animal diabolique dans l'imaginaire médiéval, on peut facilement imaginer le ton et surtout le fil directeur que va prendre le texte. On découvrira également que tout le récit est structuré autour des quatre éléments constituant le monde: Le vent, l'eau, la terre, le feu... Cependant, n'en déplaise à Gaston Bachelard, Jean-Louis Marteil en ajoute un cinquième (qui n'est pas l'éther, celui qu'on a l'habitude de rajouter justement), et pas des moindres...
Aux différents portraits, celui de Bertrand de Vers, de Domenc, de Braïda, de Pèironne (la maîtresse-femme !), de Maurina, de Matteo Conti et j'en passe, viennent s'ajouter ceux de Mord-Boeuf, de Tranche-tripe, de Tape-Buisson, de Rince-fût ou du sergent Pasturat. Le sérieux et l'humour sont étroitement imbriqués... Quant à celui qui se fait appeler « Messire »...
Des morts surviennent, inattendues. On accuse alors les éléments, ce qui est typique de l'imaginaire médiéval, tout en sachant qu'un être de chair et de sang est tapi dans l'ombre...
Le scénario est ficelé avec brio. On l'aura compris, ce roman est un pur bijou, tant par son côté historique que par le suspens qui en découle. Courez vite chez votre libraire !
Je tiens à remercier Jean-Louis Marteil pour ce cadeau inattendu.
Extrait:
« Mon ami ! Que vient-on de m'apprendre ? »
Domenc fit un incroyable bond de côté, au risque de disparaître dans les abysses menaçants de la cave, et là-bas, tout au fond, la torche réapparut d'un coup, droite telle une exclamation.
Interloqué, le commis se demanda si Bertrand n'avait pas réveillé un dragon infernal. En réalité, ce qui venait une nouvelle fois de lui hacher menu les oreilles était la petite phrase traditionnellement prononcée par Pèirone quand elle déboulait quelque part. Ce « mon ami » roulait comme une charge de cavalerie. Quant à la question qui suivait, c'était celle par laquelle la dame entendait affirmer son statut d'épouse soumise à qui on ne dit jamais rien. Sauf qu'elle savait toujours, avant tout le monde et sur tout le monde, elle savait les secrets intimes du dernier des consuls et, les soirs de grande colère, elle prétendait en savoir assez pour faire pendre l'Évêque et tout le Chapitre. Enfin, si elle ignorait quelque chose, elle l'inventait, et cela faisait même usage.
Remis de son émotion, Domenc se rapprocha de dame Pèironne...
« Ma dame », dit-il sur un ton d'inquiétude un peu forcé, « vous allez prendre froid !
- Et pourquoi donc, mon ami ? » répondit la femme...
« Je ne suis point comme vous, les hommes, qui geignez au moindre coup d'épée, et je ne prends froid que si je le décide ! »
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ORADOUR-SUR-GLANE
Aux Larmes de pierre
On pourrait se dire qu'il s'agit d'un énième livre sur le massacre d'Oradour-sur-Glane et y passer à côté sans y prêter la moindre attention. Oui, on le pourrait... Cependant, à mon sens, il s'agirait d'une lourde erreur. En effet, il y a les livres, sur ce triste événement, avant Jean-Louis Marteil, et puis il y a celui-là, qui ne ressemble à aucun autre. L'écrivain s'est rendu sur les lieux et nous fait part de sa sensibilité, de ses émotions au fur et à mesure de son cheminement. Il revit lui même, non sans référence à la mémoire de son père, les événements. Ce cheminement physique est mimétique du cheminement spirituel. Ils sont étroitement liés. L'auteur-narrateur est un poète. Il s'adonne à ses réflexions avec un style qui vous accroche, qui vous happe, qui ne vous lâche plus. Un poète engagé... engagé dans une cause humble: comment réagir face à la barbarie ? L'auteur est un Humaniste, et j'y mets une majuscule. Non pas au sens où nous l'entendons aujourd'hui, galvaudé par des siècles de faiblesse sémantique. Non, un Humaniste au sens étymologique du terme: il est en quête de savoir mais également de transmission. Il livre ses idées, ses interrogations, s'interroge et nous laisse face à nous-mêmes, face à nos propres doutes: qu'aurais-je fait en ce temps-là ?
Vous commencez à feuilleter ce livre et, je le disais, vous ne le lâchez plus. Son intensité croissante, jusqu'à la dernière page, jusqu'au dernier mot, réveille en vous une sensibilité à fleur de peau. Au fur et à mesure de la lecture, une boule dans la gorge se forme, cette fameuse boule que vous connaissez bien, qui monte en puissance et qui finira par éclater, aidée par ce style ô combien remarquable. Voilà ce que j'ai ressenti. J'ai refermé ce livre avec des larmes dans les yeux. Il m'a fallu un long moment après la lecture pour pouvoir faire autre chose. Rares sont les livres ayant produit cet effet sur moi. Habituellement, je cherche de suite le prochain livre à lire. Là, je n'ai pas pu. J'ai vécu, j'ai ressenti ces "larmes de pierre".
Il me sera difficile de lire un autre livre sur Oradour sans avoir une pensée pour celui-ci.
Un grand merci à Jean-Louis Marteil qui nous a permis, sur le Forum Nota Bene, de débuter nos partenariats.
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Extrait:
"La cloche de l'église a sonné à Nüremberg, comme à Oradour-sur-Glane, ce jour livide du 15 septembre 1935. Quelle heure était-il, là-bas, quand il a lancé l'appel sauvage, le hurlement du sang et du sol, l'appel au meurtre, le premier appel qu'un monde aveugle et muet, un monde sourd qui ne savait pas lire, aurait dû percevoir néanmoins, surgi des limbes épais des territoires anciens, des territoires de glace où la mort est le but suprême ?"