Le noeud de vipères

 

 

 

 

 

 

François Mauriac est né en octobre 1885 à Bordeaux. Son père meurt lorsqu’il est encore très jeune. Il est issu de la haute bourgeoisie catholique dont il fait la description dans ses œuvres. Il étudie les lettres à Bordeaux et vient à Paris pour entrer à l’École des Chartes.

 

Il publie un recueil de poèmes, Les Mains jointes, en 1909. Celui-ci est salué par Maurice Barrès. Mais c’est avec Le Baiser au lépreux, en 1922, et Thérèse Desqueyroux, en 1927, que François Mauriac acquiert une certaine notoriété. D’une manière générale, l’œuvre romanesque de Mauriac présente des personnages tourmentés, hantés par le péché.

 

En 1933, Mauriac est élu à l’Académie française.

 

Pendant la Seconde Guerre mondiale, il s’engage en faveur de la Résistance et devient un fidèle partisan du général de Gaulle.

En 1952, il reçoit le prix Nobel de littérature.

Il est journaliste à L’Express et au Figaro littéraire à partir de 1961.

Il meurt en septembre 1970 à Paris.

 

 

 

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Le Nœud de vipères

 

C’était risible et, en vérité, je riais seul, haletant un peu, appuyé contre un piquet de vigne, face aux pâles étendues de brume où des villages avec leurs églises, des routes et tous leurs peupliers avaient sombré. La lumière du couchant se frayait un difficile chemin jusqu’à ce monde enseveli. Je sentais, je voyais, je touchais mon crime. Il ne tenait pas tout entier dans ce hideux nœud de vipères: haine de mes enfants, désir de vengeance, amour de l’argent; mais dans mon refus de chercher au-delà de ces vipères emmêlées. Je m’en étais tenu à ce nœud immonde comme s’il eût été mon cœur même, – comme si les battements de ce cœur s’étaient confondus avec ces reptiles grouillants. Il ne m’avait pas suffi, au long d’un demi-siècle, de ne rien connaître en moi que ce qui n’était pas moi: j’en avais usé de même à l’égard des autres. De pauvres convoitises, sur la face de mes enfants, me fascinaient. La stupidité de Robert était ce qui m’apparaissait de lui, et je m’en tenais à cette apparence. Jamais l’aspect des autres ne s’offrit à moi comme ce qu’il faut crever, comme ce qu’il faut traverser pour les atteindre. C’était à trente ans, à quarante ans, que j’eusse dû faire cette découverte. Mais aujourd’hui, je suis un vieillard au cœur trop lent, et je regarde le dernier automne de ma vie endormir la vigne, l’engourdir de fumée et de rayons. Ceux que je devais aimer sont morts; morts ceux qui auraient pu m’aimer. Et les survivants, je n’ai plus le temps, ni la force de tenter vers eux le voyage, de les redécouvrir. Il n’est rien en moi, jusqu’à ma voix, à mes gestes, à mon rire, qui n’appartienne au monstre que j’ai dressé contre le monde et à qui j’ai donné mon nom.

(Ch. XVIII)

 

 

 

 

Au théâtre ce soir...

 

La pièce de Katia Verba enfin mise en scène !

 

 


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