Quatrième de couverture :
Glasgow, de nos jours. Deux jeunes voyous blancs masqués font irruption dans la maison cossue d’une famille pakistanaise de la banlieue résidentielle en réclamant «Bob». Quelques hurlements plus loin, le pater familias (un commerçant estimé et aisé) est embarqué par les jeunes voyous, ligoté et bâillonné. Arrivée sur les lieux, l’inspectrice Alex Morrow – qui cherche à se faire une place au soleil de la brigade malgré les rebuffades machistes de ses collègues – sent que quelque chose cloche. D’abord, il n’y a pas de Bob en la demeure, et l’on pourrait croire à une erreur si certains regards et certaines attitudes ne l’incitaient à penser que quelqu’un ment ; en tout cas, tout le monde a quelque chose à cacher. Elle la première…
Étude du racisme ordinaire en milieu écossais, Le silence de minuit rejoint la tradition des romans policiers d’action où du nouveau surgit à chaque page, jusqu’au dénouement final,
totalement imprévu.
Mon avis :
Judicieux ! Voici un roman comme on aimerait en lire souvent. 365 pages avalées en quelques soirs, avec ce petit goût de " revenez-y" qui vous taraude.
C'est le tout premier roman que je lis de cet auteur, que, j'avoue, je ne connaissais pas du tout. Elle n'en est pas à son premier essai mais là, c'est un coup de maître. Et croyez-moi, je vais m'empresser d'aller voir si ses autres romans sont traduits.
Ce roman policier mérite que l'on s'y attarde. Et ce, pour différentes raisons. La première est qu'il tient en haleine son lecteur, jusqu'au bout, jusqu'à la toute dernière page. La deuxième est qu'il est bien écrit. L'écriture est vive, enjouée, donnant plaisir à lire. La troisième est que les personnages sont là, bien présents. Je veux dire par là qu'ils ont de la profondeur. On s'y attache au fur et à mesure. Et on s'attache même aux malfrats, notamment à Pat, secrètement amoureux de celle qu'il a blessée, Aleesha. On en serait presque au syndrome de Stockholm inversé. Quant à cette famille sur qui le malheur s'est abattu, on note le caractère de la mère, Sadiqa Anwar, qui ferait tout pour ses enfants, quitte à cacher certaines choses. Le père, Aamir, a été kidnappé par Eddy et Pat qui cherchait un certain Bob... ou Rob... tout va se jouer sur cette seule consonne. Pourquoi le cherchaient-ils ? Et surtout pour qui travaillent-ils ? Qui est cette voix mystérieuse à l'autre bout du téléphone qui leur réclame d'attraper ce Bob / Rob ? L'enquête est menée par une inspectrice, Alex Morrow, femme de caractère qui, non contente d'avoir à délier les liens inextricables de cette affaire, va devoir, en plus, se battre avec ses collègues.
Tous les ingrédients sont donc réunis pour que le lecteur adhère. Je vous conseille fortement ce roman.
Je remercie vivement l'équipe de News Book, qui, grâce à ce partenariat, m'a fait découvrir un auteur de talent.
Extrait :
La sandwicherie était minuscule, à peine plus profonde que sa devanture peu engageante, avec, accrochée dans la vitrine, une ardoise annonçant qu'on y servait du thé et des sandwiches à la mayonnaise. Pat avait demandé à Eddy de s'arrêter là, parce qu'il y avait aussi des journaux.
Il avança sur le trottoir avec la démarche légère d'un amoureux en train d'organiser un rendez-vous fortuit. Des ouvriers en bleu de travail poussiéreux se pressaient devant le comptoir. L'atmosphère était poisseuse, pleine de fumée grasse. Pat se dirigea vers le présentoir à journaux avec une nonchalance étudiée. Elle était là. Elle le regardait.
Une mauvaise photo prise avec un téléphone portable, qui la montrait de face - juste la tête et les épaules, floues mais tout de même assez nettes pour qu'il y voie ce qu'il avait envie d'y voir. Les longs cheveux noirs partagés par une raie au milieu, le grand nez, courbé tel un doigt qui fait signe d'approcher. Des dents blanches parfaites, les yeux mi-clos dont lui seul pouvait déchiffrer l'expression. Elle était blessée, mais ses jours n'étaient pas en danger. Le premier paragraphe de l'article parlait d'une famille respectable. Ils ne savent rien, se dit Pat.
Elle faisait la grimace, sur la photo, elle gonflait les joues et fronçait les lèvres avec une petite moue adorable, pas vulgaire du tout. Pat prit un exemplaire sur le présentoir. Le contact du papier grossier était aussi doux qu'un baiser sur ses doigts, la fumée grasse sentait le miel, les taches de graisse sur le mur étaient des étoiles scintillantes. L'existence de cette fille rendait supportable toutes les bassesses de cette vie.