Quatrième de couverture :
Cet ouvrage emmène à la rencontre de neuf voyageurs des XVe et XVIe siècles. Ces pèlerins ont en commun d’être allés à Compostelle et d’en avoir laissé un récit : ils sont religieux, nobles
ou militaires, et chacun révèle des intérêts, des inquiétudes et des objectifs bien différents. Cependant, l’objet de cette publication ne sera pas d’établir à partir d’eux un portrait du
pèlerin-type qui aurait une valeur plus ou moins générale, et il s’agit plutôt de faire partager leur expérience.
Si ce livre est bien sûr destiné aux pèlerins d’aujourd’hui, qui souhaitent “mettre leurs pas” dans ceux de leurs lointains prédécesseurs sans toujours pouvoir vraiment les connaître, il
s’adresse aussi, au-delà du monde pèlerin, à tous ceux qui s’intéressent à l’histoire et aux mentalités. Les narrations de ces voyageurs ont ainsi l’immense intérêt de présenter, outre le récit
du pèlerinage accompli par son auteur, un remarquable fond historique montrant la situation politique de l’Europe au moment où ces pèlerinages ont été réalisés.
Mon avis :
Compostelle éveille en nous différentes images : le symbole tout d'abord, la fameuse coquille Saint-Jacques, bien sûr, et le bâton du pèlerin, deux clichés à la vie tenace. Le chemin, ensuite, dont la poussière n'a d'égale que l'effort. La religion, enfin et l'essor de la chrétienté. Mais soyons honnêtes, avons-nous un jour pensé à ces pauvres pèlerins de la fin du Moyen Âge, à leurs conditions, à leurs ambitions ?
A la lumière de cet ouvrage, nous pouvons très vite nous rendre compte qu'il fallait vraiment avoir de solides convictions pour surmonter tous les obstacles. Pour prendre un exemple, un des pèlerins, Hermann Künig Von Vach précise : « Après six lieues tu parviens à Bayonne, puis tu parcourras trente-six lieues sur la lande bordelaise qui fait bien souffrir les pauvres pèlerins. Approvisionne-toi en pain et aussi en boisson. Je te dis, celui qui y tombe malade est abandonné à son sort par les habitants. Ils enterrent bien des pèlerins le long de la route, morts de faim ou par manque de soins (...) ». Voilà qui fait froid dans le dos et augmente l'admiration pour ceux qui, un jour, ont entrepris cette véritable quête, quête du tombeau de l'apôtre mais quête intérieure également. A travers ces témoignages, nous partageons ainsi les sentiments de chacun, relatant tous ou presque (Nompar de Caumont n'en fera pas mention), les difficultés rencontrées (mais ils ne s'étendent pas dessus de façon larmoyante) et la joie à l'arrivée. Ainsi, un évêque arménien, nommé Martyr, nous fait part, tout en retenue, de ce bonheur en arrivant au lieu ultime après moultes souffrances : « De là, avec beaucoup de peine, soutenu par le secours de Dieu, très fatigué et affaibli, je parvins enfin jusqu'au temple et au tombeau de Saint-Jacques, tout saint, glorieux, et la lumière du monde. Le corps de ce saint est dans la ville de Galice. Je m'approchai de ce tombeau : je l'adorai la face contre terre, et j'implorai la rémission de mes péchés, de ceux de mes père et mère, et de mes bienfaiteurs ; enfin j'accomplis, avec une grande effusion de larmes, ce qui était le désir de mon cœur. » Et que dire de celui qui conteste tout, Andrew Borde ?
Le recueil de ces témoignages est une véritable mine d'or sur le plan historique, géographique voire sociétal. Et si nous pouvons suivre pas à pas ces hommes, la lecture en est d'autant plus facilitée par des cartes schématisant les différents trajets. Les nombreuses photos des lieux évoqués permet de voyager tout en restant dans son fauteuil. Voyage dans un autre temps, voyage spirituel, et, si le lecteur suit les indications de Jehan de Zeilbeke et ses « conseils aux pèlerins », peut-être un voyage tout court. C'est ce que nous propose ce livre dont l'intérêt et la qualité sont à souligner.
Extrait du récit d'Heinrich Schönbrunner.
Le lendemain, vers la dixième heure, nous étions sur le bateau et nous avions le vent en poupe. Le soir, nous avons pu voir des dauphins, ce qui n'intéressa guère les matelots car ils ne s'arrêtèrent pas. Mais dans la nuit une tempête s'éleva, elle arracha notre ancre et, pas très rassurés, nous allâmes où Dieu nous envoya.
Lorsque le jour se leva, nous étions près d'une île, sans pouvoir y accoster. On repartit donc pour La Rochelle, sur une mer très agitée. Nous fûmes serrés entre deux bateaux, et l'on eut pu penser que c'en était fait de nous. Mais grâce à Dieu et à Saint Jacques, notre bateau n'eut pas grand dommage. Nous attendîmes le bon vent. A une portée de flèche, un bateau coula qui était chargé de vin, mais la plus grande partie de la cargaison fut sauvée. Nous restâmes à La Rochelle jusqu'au 17 mars. Lorsque nous eûmes bon vent, nous partîmes et voilà qu'un bateau de pirates se mit à nous poursuivre, mais il ne parvint pas à nous rejoindre.
Le dimanche matin nous vîmes la terre avec joie, le vent nous était contraire mais nous arrivâmes de nuit à La Corogne où nous voulions aller.
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Quatrième de couverture :