Simone schwarz-bart, née Brumant, est née le 1er août 1938, en Charentes-Maritimes, de parents guadeloupéens. Elle a fait ses études à Pointe-à-Pitre, puis à Paris et à Dakar. Elle rencontre
André schwarz-bart en 1959 et écrit avec lui Un plat de porc aux bananes vertes (1967). Pluie et vent sur Télumée Miracle a obtenu le prix
des lectrices de Elle en 1973. Il est encore considéré comme un chef-d’oeuvre de la littérature antillaise. Ti Jean l’Horizon est paru en 1973.
En 1987, elle publiera une pièce de théâtre en un acte, Ton beau capitaine. Enfin, en 1989, avec son époux, elle écrira un vibrant Hommage à la femme
noire.
Son fils est le saxophoniste Jacques schwarz-bart.
Pluie et Vent sur Télumée Miracle
Résumé:
Les formes de la vie familiale ayant été détruites par l’esclavage, l’enfant Télumée a été élevée par sa grand-mère.
Toute sa vie, Télumée essaiera de continuer cette lignée de femmes talentueuses.
Télumée va à l’école avec le doux Elie et l’amour naît, plein de rêves. Un jour, ils vivront ensemble, heureux dans leurs chansons. Bientôt, hélas, Elie boira, deviendra à moitié fou.
Télumée, chassée, travaille dans une plantation où elle use ses mains aux piques des cannes à sucre. Amboise, le sage, la recueille. Mais à l’usine, il y a des troubles, une grève, et Amboise
paye pour ses camarades. Il est brûlé à mort par la vapeur bouillante.
Les derniers jours de Télumée, seule dans sa vieillesse, marchande de cacahuètes, ce sont les jours de la résignation souriante: "Je mourrai là comme je suis, debout, dans mon petit jardin,
quelle joie..."
Extrait
" Le pays dépend bien souvent du cœur de l’homme: il est minuscule si le cœur est petit, et immense si le cœur est grand. Je n’ai jamais souffert de l’exiguïté de mon pays, sans pour autant
prétendre que j’aie un grand cœur. Si on m’en donnait le pouvoir, c’est ici même, en Guadeloupe, que je choisirais de renaître, souffrir et mourir. Pourtant, il n’y a guère, mes ancêtres furent
esclaves en cette île à volcans, à cyclones et moustiques, à mauvaise mentalité. Mais je ne suis pas venue sur terre pour soupeser toute la tristesse du monde. A cela, je préfère rêver, encore et
encore, debout au milieu de mon jardin, comme le font toutes les vieilles de mon âge, jusqu’à ce que la mort me prenne dans mon rêve, avec toute ma joie...
Dans mon enfance, ma mère Victoire me parlait souvent de mon aïeule, la négresse Toussine. Elle en parlait avec ferveur et vénération, car, disait-elle, tout éclairée par son évocation,
Toussine était une femme qui vous aidait à ne pas baisser la tête devant la vie, et rares sont les personnes à posséder ce don. Ma mère la vénérait tant que j’en étais venue à considérer
Toussine, ma grand-mère, comme un être mythique, habitant ailleurs que sur terre, si bien que toute vivante elle était entrée, pour moi, dans la légende.
J’avais pris l’habitude d’appeler ma grand-mère du nom que les hommes lui avaient donné, Reine Sans Nom; mais de son vrai nom de jeune fille, elle s’appelait autrefois Toussine
Lougandor.
Elle avait eu pour mère la dénommée Minerve, femme chanceuse que l’abolition de l’esclavage avait libérée d’un maître réputé pour ses caprices cruels."