Résumé:
Londres, 1946. Dans cette ville qui se reconstruit, Juliet, jeune écrivain cherche un thème pour son nouveau roman. Elle cherche aussi à refermer les cicatrices
profondes que lui ont laissées la guerre.
Un jour, elle trouve dans sa boite aux lettres le courrier d’un habitant de Guernesey qui a acheté un de ses anciens livres à un bouquiniste. Commence alors une correspondancenourrie qui va ouvrir Juliet à un monde totalement différent du sien, plein "de charme, d’humour et d’humanité" sans oublier la petite
touche d’excentricité qui le rend si attachant. Ce monde va lui fournir un nouveau sujet de roman et changer sa vie.
Mon avis:
Ce livre me tentait depuis un moment mais les avis - somme toute partagés - faisaient que je me bornais à ne pas franchir le pas. Sa parution dans une collection de poche m’a aidée, me disant que si le livre ne me plaisait pas, je n’aurai pas perdu grand chose. En voyant, sur la quatrième de couverture qu’Anna Gavalda avait déclaré que ce livre était, je cite, "absolument délicieux", j’avoue avoir eu des craintes. Car tous ceux qui me connaissent savent ce que je pense D’Anna Gavalda. Eh bien, notez-le, c’est à marquer sur le calendrier, pour une fois, je vais être d’accord avec elle. Oui, c’est vrai, ce livre est plaisant (je n’irais quand même pas pousser jusqu’au "délicieux", il ne faut pas exagérer non plus, mais bon... ).
Composé sous forme épistolaire, il nous retrace la vie de quelques habitants de Guernesey en 1946. Le titre, déroutant au premier abord, et poussant à la curiosité (bon effet marketing, il faudra que j’y songe ! ), fait référence au groupe de lectures créé par ces mêmes habitants et par la tourte aux épluchures qu’ils dégustaient lors de leurs réunions, les restrictions imposées pendant la guerre étant toujours là.
Alors, il faut quand même être clair, ce n’est pas non plus de la haute littérature, et pour cause puisqu’il s’agit d’une simple correspondance. Ceci dit, les détails de l’Histoire, les situations de chaque protagoniste font que le lecteur se met à leur place. Comme je le disais plus haut, la lecture en est fort agréable.
Extrait:
Et c’est ainsi que tout a commencé. Si je connaissais tous les membres de notre groupe, je ne les connaissais pas tous intimement. Dawsey était mon voisin depuis plus de trente ans, mais je ne crois pas que je lui avais jamais parlé d’autre chose que du temps et de sa ferme. Isola et Eben étaient des amis proches. Will Thisbee une simple connaissance et John Booker un quasi étranger, puisqu’il était arrivé sur l’île à la même époque que les Allemands. Elizabeth était notre point commun à tous. Sans elle, je n’aurais jamais pensé à les inviter à partager mon cochon, et le Cercle des amateurs de littérature et de tourte aux épluchures de patates de Guernesey n’aurait jamais vu le jour.
Ce soir-là, quand ils sont arrivés chez moi pour choisir un livre, ceux qui n’avaient guère lu que la Bible, des catalogues de semences et la Gazette de l’éleveur de cochon se sont retrouvés face à un tout autre genre d’ouvrages. C’est là que Dawsey a découvert son cher Charles Lamb et qu’Isola est tombée sur Les Hauts de Hurlevent. Pour ma part, j’ai choisi Les Papiers posthumes du Pickwick club, en pensant que ça me remonterait le moral - à raison.
Puis chacun a regagné son domicile et s’est mis à lire. Nous avons commencé à nous réunir à cause du commandant, c’est vrai, mais nous avons continué pour le plaisir. Aucun de nous n’ayant la moindre expérience en matière de cercle littéraire, nous avons inventé nos propres règles: chacun notre tour, nous parlions aux autres d’un livre que nous avions lu. Au début, nous tentions de garder notre calme et de demeurer objectifs, mais cela n’a guère duré ; rapidement, les orateurs n’ont plus eu pour ambition que de persuader leur auditoire de lire l’ouvrage en question. Et, quand deux membres avaient lu le même livre, ils en débattaient devant nous pour notre plus grand plaisir. A force de lire, de parler de livres et de nous disputer à cause d’eux, nous en sommes venus à nous lier étroitement les uns aux autres. D’autres insulaires ont voulu se joindre à nous et nos soirées se sont transformées en moments chaleureux et animés. A tel point que, de temps en temps, nous arrivions presque à oublier la noirceur du dehors. Nous nous réunissons toujours tous les quinze jours.
Will Thisbee est responsable de l’Association de la tourte aux épluchures de patates au nom de notre cercle. Allemands ou pas, il n’avait pas l’intention d’assister à la moindre réunion s’il n’y avait rien à manger ! Si bien que nous avons inclus un encas à notre programme. Et comme il ne nous restait qu’un tout petit peu de beurre, encore moins de farine et pas de sucre du tout à Guernesey, Will nous a concocté une tourte aux épluchures de patates. Purée de patates pour le fourrage, betterave rouge pour sucrer et épluchures de patates pour le craquant. Les recettes de Will sont souvent douteuses, mais celle-ci est devenue une favorite.