Jean Tardieu est né le 1er novembre 1903 à Saint-Germain-de-Joux dans l’Ain et est mort le 27 janvier 1995 à Créteil. Il était à la fois poète, dramaturge, essayiste,
traducteur, critique d’art, homme de radio .... Il a cotoyé les grands artistes de son siècle tels que Char, Ponge, Jaccottet.
Tardieu se sert de l’écriture comme exutoire à ses angoisses existentielles. Il avait, en effet, été marqué par une crise existentielle à l’âge de 17 ans. Son oeuvre est plutôt qualifiée
d’hétéroclite.
Concernant le théâtre, il parvient à se faire connaître avec des pièces telles que Théâtre de chambre ou La Cité sans sommeil.
On retiendra, parmi ses oeuvres, La Comédie du langage incluant les pièces suivantes:
- Un mot pour un autre
- Finissez vos phrases! ou Une rencontre heureuse
- Les mots inutiles
- Ce que parler veut dire ou Le patois des familles
-De quoi s’agit-il? ou La méprise
- Conversation-sinfonietta
-Les temps du verbe ou Le pouvoir de la parole
- Une soirée en Provence ou Le mot et le cri
- L’A.B.C de notre vie (Poème à jouer)
Son style se rapproche de l’absurde. Il joue avec les mots, expérimente, innove avec un humour cocasse et irrésistible.
Un Mot pour un autre (extrait)
Personnages :
Madame
Irma, servante de Madame
Décor : un salon plus « 1900 » que nature.
Au lever du rideau, Madame est seule. Elle est assise sur un « sopha » et lit un livre.
IRMA, entrant et apportant le courrier.
Madame, la poterne vient d’élimer le fourrage…
Elle tend le courrier à Madame, puis reste plantée devant elle, dans une attitude renfrognée et boudeuse.
MADAME, prenant le courrier.
C’est tronc !… Sourcil bien !… (Elle commence à examiner les lettres, puis, s’apercevant qu’Irma est toujours là ) Eh bien, ma quille ! Pourquoi serpez-vous là
? (Geste de congédiement.) Vous pouvez vidanger !
IRMA
C’est que, Madame, c’est que…
MADAME
C’est que, c’est que, c’est que quoi-quoi ?
IRMA
C’est que je n’ai plus de « Pull-over » pour la crécelle…
MADAME, prend son grand sac posé à terre à côté d’elle et après une recherche qui paraît laborieuse, en tire une pièce de monnaie qu’elle tend à Irma.
Gloussez ! Voici cinq gaulois ! Loupez chez le petit soutier d’en face : c’est le moins foreur du panier…
IRMA, prenant la pièce comme à regret, la tourne et la retourne entre ses mains, puis.
Madame, c’est pas trou : yaque, yaque…
MADAME
Quoi-quoi : yaque-yaque ?
IRMA, prenant son élan.
Y-a que, Madame, yaque j’ai pas de rgavats pour mes haridelles, plus de stuc pour le bafouillis de ce soir, plus d’entregent pour friser les mouches… plus rien dans le parloir, plus rien pour
émonder, plus rien… plus rien… (Elle fond en larmes).
MADAME, après avoir vainement exploré son sac de nouveau et l’avoir montré à Irma.
Et moi non plus, Irma ! Ratissez : rien dans ma limande !
IRMA, levant les bras au ciel.
Alors ! Qu’allons-nous mariner, Mon Pieu ?
MADAME, éclatant soudain de rire.
Bonne quille, bon beurre ! Ne plumez pas ! J’arrime le Comte d’un croissant à l’autre.(Confidentielle) Il me doit plus de cinq cent crocus !